Concert et interview Grand Mix Tourcoing le 20/03/26
Photos live et interview: Vanessa Lhrx
Aujourd'hui, c'est un peu la première fois qu'on rencontre des artistes venant de Suisse. Mais j'ai vu qu'en fait, à la base, tu n'es pas Suisse...
Alors, je suis né en Suisse, j’ai vécu en Suisse toute ma vie. Mais j’ai des forts liens avec la France, dans le sens où mon père, toute sa famille est française, un peu plus du Nord. Plus de Lille, c’est pas loin, non? Et puis, très jeune, son père est venu travailler en Suisse. Et du coup, il a grandi en Suisse à partir de 6, 7 ans. Puis ma mère, c’est l’inverse. Elle est de famille suisse-allemande. Donc elle parle allemand dans sa famille. Et pareil, son père est allé travailler à Lyon, en France. Donc elle, elle a grandi en France. Et les deux se sont retrouvés à Lausanne, à l’école d’architecture à 18 ans. Ensuite, ils n’ont plus quitté cette ville-là. Donc moi, je suis né et j’ai grandi à Lausanne, en Suisse. Et je suis resté là toute ma vie.
Et donc nous, quand on essaye de se renseigner un peu sur les artistes suisses qu'on connaît, j'avoue que je n'en connais pas beaucoup. Stephan Eicher, Kadebostany et Henri Dès. Et j'ai vu qu'il y avait un lien, justement, entre toi et Henri Dès…
Alors, ce qui est sûr, c’est que c’était des disques qu’on avait quand j’étais enfant chez moi. Et puis c’était de la musique pour enfants que j’écoutais. J’écoutais ces disques assez en boucle, comme ça. Et j’ai un souvenir d’un concert que j’étais allé voir de lui. En fait, je pense que c’était un de mes premiers concerts de chanteurs à texte, si on veut bien.
Pour enfants, mais à texte quand même. Et je me suis dit à ce moment-là, c’est incroyable que quelqu’un juste avec une guitare, sa voix et des mots puisse communiquer des émotions aussi fortes avec autant de gens en même temps. Et là, je me suis dit, ça, ce serait un truc que j’aimerais trop faire. Puis du coup, j’ai assez vite demandé à mes parents si c’était possible de jouer de la guitare. Dans l’idée de me dire, je pourrais écrire des chansons un jour.
Mais j’ai toujours fait ça en sous-marin d’études que j’ai plutôt faites dans un domaine scientifique. Donc moi, j’ai fait maths et physique.
C’était des choses qui m’intéressent à fond. Parce que depuis toujours, je me suis posé la question, d’où on vient, où on va, qu’est-ce que ça veut dire d’être un humain sur cette planète, dans cet univers. Donc toute la première partie de ma vie, je me disais, de toute façon, faire de la musique, écrire des chansons, en Suisse, en tous cas, ce n’est pas du tout un métier. On ne te dit pas que c’est une possibilité, vraiment. D’ailleurs, il y a très peu de gens qui font vraiment ça. Le statut d’intermittent n’existe pas en Suisse.
Moi, je me disais, il faut que j’ai un papier. Donc j’ai fait plutôt des mathématiques et de la physique pour répondre un peu à ces questions-là. Et c’est que vers 18 ans que j’ai rencontré des gens qui faisaient vraiment de la musique.
Je me suis dit, qu’en en fait, c’était possible. Alors là, j’ai fait une pause dans mes études. Et depuis, je réponds à ces questions-là plus instinctivement par des textes de chansons.
Et ça me convient tout aussi bien, voire mieux en tout cas. Je n’ai jamais fait de pause d’études.
Et justement, depuis, quand je regarde toutes les dates que vous avez pu faire, j'ai vu que vous avez joué avec des groupes quand même plutôt cool. J'ai relevé Muse, Royal Blood, Les Young Gods et Nick Cave. Est-ce que tu as une petite anecdote sympa par rapport à ça ? Et pour toi, quel a été, parmi tout cela, le meilleur souvenir où tu as eu le plus de contact avec le groupe, etc.
Le plus de contact avec le groupe, je vais commencer par ça. Clairement, Les Young Gods. Parce qu’en fait, c’est un groupe suisse, dont je connaissais vraiment l’existence depuis longtemps.
Et en 2020, un festival nous a proposé, à Franz Treichler et moi, de faire un duo dans le cadre d’un festival. Ce festival n’a pas eu lieu pour les raisons qu’on connaît. Mais par contre, nous, on avait commencé à préparer ce concert.
On avait passé une semaine à jammer au local des Young Gods. Et on avait enregistré ces jams. J’avais commencé à découper dans cet instrumental de quoi faire des chansons.
Et j’ai commencé à construire des chansons. Et au final, le concert n’ayant pas lieu, on s’est dit, OK, on va quand même faire quelque chose de ça parce que c’est trop chouette. Donc notre rencontre s’est passée pendant qu’on jamait.
C’était donc une rencontre et musicale et personnelle qui a vraiment matché. Et on en a fait un disque. On a publié ce disque sous le nom de A. Donc un groupe qui s’appelle A. On a même fait une tournée en été 2020.
Et puis, en plus de ça, pour la sortie de cet album Shifting Forms, on a eu la chance qu’ils nous invitent sur quelques unes de leurs dates. Donc on a fait une petite dizaine de dates en première partie des Young Gods sur leur tournée européenne.
C’est donc un lien qui est très fort. Et je peux dire que c’est un ami. Et c’est vraiment une superbe rencontre personnelle, émotionnelle, musicale.
Et puis ensuite, pour parler des autres concerts comme ça, ils ont tous été marquants. Première partie de Nick Cave, c’était dans la salle du Stravinsky au Montreux Jazz Festival. Et on était le seul groupe, je crois, suisse de cette année-là à jouer sur ce plateau-là.
C’est un concert où tout le monde était bien préparé. Et on est arrivé, Fred et moi, Fred Burki, le batteur qui joue avec moi sur scène, comme si on n’avait presque pas de stress, tellement on était là, hyper présents. Et on a ensuite même pu publier ce live qui existe aussi en ligne, on peut le trouver sur Spotify et sur les autres plateformes.
Et puis la première partie de Muse, c’était dans un stade. Et pour le coup, c’était le seul stade que j’ai fait vraiment de ma vie.
Jouer devant 16 000 ou 20 000 personnes, c’est quand même marquant. En plus de ça, une petite anecdote bien délicieuse. Muse finit son soundcheck, ensuite Royal Blood finit son soundcheck.
Il y avait trois groupes, donc Muse, Royal Blood et nous. Dans l’ordre inverse, mais je parle des soundchecks. Donc les deux premiers groupes ont fini leur installation. Le plateau est à nous, on monte tout. On commence le line check et là, il y a un orage. Il pleut horizontalement sur scène.
Les guitares par terre, tout à l’eau. L’équipe qui court partout pour essayer de couvrir le matériel. J’ai des amplis à lampes. Terrible… Et l’orage passe. On arrive à déblayer le plateau. Les portes du stade ouvrent dans 15 minutes.
On n’a pas pu faire de soundcheck, rien n’est installé sur scène. Le management de Muse nous dit qu’ils vont reporter l’ouverture des portes pour nous. Ils nous disent qu’on a une demi-heure en tout.
C’était super cool. Là, on a tout réinstallé. Heureusement, mon équipe ne m’a pas dit qu’il y avait des trucs qui ne marchaient pas. Le stage manager de Muse nous a dépanné d’une alimentation. On check que toutes les lignes arrivent à la régie.
Les portes ouvrent, les gens courent sur le devant de la scène. Et nous, on commence direct. C’était un des concerts les plus fous mais c’était vraiment un super concert.
Un souvenir d’être au bon endroit. C’est ça que je fais dans ma vie. Ça résonne un peu avec ce feeling de quand j’ai 8 ans.
Écrire des chansons et chanter pour beaucoup de monde. C’est un truc qui me botte.
On vient aujourd'hui pour écouter les morceaux du nouvel album. J'ai vu qu'il a fallu du temps pour l'écrire et le mettre en place. J'ai vu deux ans pour tout. Est-ce que ça paraît long ou plus rapide ?
Tu parles entre le moment où j’ai écrit et maintenant ? L’écriture de ce disque, Shifting Forms, est mon quatrième grand album. Mais entre deux, il y a eu plein d’albums de collaboration. C’est aussi un processus de réappropriation de ma voix. J’avais une voix beaucoup plus aiguë avant.
Elle a baissé sur toute la tournée du disque précédent. J’ai commencé à écrire ces morceaux en devant réapprendre à chanter. En écrivant, à chaque fois que j’avais écrit un couplet, que je le répétais, ça me permettait de refaire les chemins entre mon cerveau et ma voix, comme une mue d’adolescent.
C’est ça le processus qui a pris du temps. Aussi avec la nécessité de pouvoir l’enregistrer dans un lieu où on avait la possibilité de faire durer l’enregistrement le temps qu’on voulait. Pour ça, on a construit un studio.
Nous-mêmes. Avec mon ami de longue date, Louis Jucker, qui a produit déjà deux autres albums précédents. Je me sens obligé de parler du label sur lequel je publie ma musique, qui s’appelle Humus Records, qui est basé à La Chaux-de-Fonds, en Suisse.
C’est avec ce label-là que je travaille depuis plus de dix ans. On a construit ce studio dans les locaux de ce label. C’est un studio qui maintenant est utile à d’autres groupes et dans lequel on va continuer d’enregistrer nos disques.
On a construit un outil pour nous, mais aussi pour tous les groupes qui gravitent autour de ce label. L’écriture des morceaux, les arrangements des morceaux, ma réappropriation de voix, tout ça s’est passé en même temps que la construction du studio. C’est pour ça que c’est un processus qui a pris du temps.
Entre le moment où j’ai commencé à écrire les morceaux, qui était janvier 2024, et le moment où on a fini d’enregistrer, qui était fin d’été, début d’automne 2024, c’était long, mais c’est parce qu’il fallait tout reconstruire. J’aime bien dire que je trouve que c’est un peu comme le do-it-yourself presque dans son essence. On avait beaucoup fait toujours des choses par nous-mêmes, mais là, on a tout construit. Il y a eu une construction depuis le début. C’est super, c’est top. Tout avec du matos de récup.
Tu parlais de ta voix. Quand j'écoute les morceaux de l'album, je trouve que ta voix se rapproche du chanteur de Deus, de Tom Barman. Il y a des intonations qui me font penser à lui...
Je trouve ça cool. C’est cool. J’ai un peu écouté, pas beaucoup, mais j’ai bien eu ma période groupe belge.
Je pense que si tu y penses, c’est que c’est vrai. Les intuitions sont souvent justes.
Au niveau de l'écriture, est-ce que tu penses que pour écrire une chanson, il faut que ce soit quelque chose de personnel ? Est-ce que c'est toujours pour toi quelque chose de personnel où tu arrives à t'inspirer des choses inventées ou de personnes qui se passent autour de toi ?
Au niveau du sens des textes ? Comment ça se passe chez moi, l’écriture ? Ça a évolué au fil du temps.
Je pense que les premiers disques que j’ai écrits étaient autour de mes 19 ans, ça fait il y a 17 ans.
Ils étaient très centrés sur mes expériences personnelles et racontaient du vécu de moi et de ce que je vivais à cette époque-là. Et plus ça avance, plus je fais de la musique pour rassembler les gens autour d’une expérience qui va toucher des couches à l’intérieur de nous auxquelles on n’a pas forcément connecter dans la vie de tous les jours. Parce qu’on pense à plein de trucs, parce qu’on doit organiser nos journées, parce que je ne sais pas quoi.
Pour moi, la musique que je fais, si je la fais bien, c’est parce que je me mets dans cet état où je suis juste en présence et où un canal est ouvert avec les émotions, avec quelque chose qui est vachement plus universel que ma vie quotidienne. C’est à ça que je vais me connecter quand je chante. Et j’ai le feeling que c’est ça qui se passe aussi quand on fait des concerts.
Quand j’écris, j’écris les morceaux dans une optique pour qu’ils soient les plus inclusifs possibles, que les paroles soient les plus inclusives possibles. Il y a presque, presque, c’est pas vrai, mais presque aucun « je » « I » dans l’album. C’est beaucoup du « we ». C’est beaucoup du groupe, de l’appartenance et quelque chose de plus d’être en communion que d’être seul. Et c’est là où je peux faire un lien avec ce que je disais à la réponse à la première question.
C’est pour moi des manières d’essayer d’expliquer des choses ou en tout cas d’avoir des intuitions sur tout ce qui me semble mystérieux dans l’existence. Et j’ai l’impression que ces mystères-là, ils sont communs. En plus qu’une demi-heure à discuter, on va se poser des questions là-dessus et on se dira « ah bah ouais, on a les mêmes ». Et donc, j’aime bien me dire que les chansons, c’est des possibles portes d’accès vers ces réponses-là.
Un peu philosophique, je ne sais pas. Et donc, c’est un long trajet pour arriver à une réponse simple qui est « non, je ne pense pas que j’écris sur mes expériences personnelles. Par contre, mes expériences personnelles, mes intuitions, mes réactions à des événements vont être des points de départ vers ces questions-là.
Et puis après, chacun s'approprie et interprète en suivant ses expériences perso aussi...
Voilà, c’est ça. Typiquement, « Shifting Forms », le titre de cet album, on peut le traduire autant par « forme changeante » qu’« en changeant de forme ». J’aime trop l’anglais aussi pour ça.
Moi, j’ai vécu des changements profonds dans ma vie ces dernières années. J’ai aussi l’impression que le monde vit des changements profonds ces dernières années. Donc, en fait, ça m’a permis de voir qu’il y avait une sorte de double mouvement, ce qui se passe à l’intérieur de soi et à l’extérieur.
En fait, ça se trouve, c’est ça qui se passe dehors. Enfin, comment est-ce qu’on navigue tout ça ensemble ? Et donc, je ne vais pas parler dans les textes, je ne parle pas de moi. Je parle plutôt de tout ce que je vois autour de moi.
Mais je pense qu’on ne peut pas dissocier les deux.
Et donc, en parlant des morceaux, justement, sur scène, lequel est le plus dur à jouer ? Et celui sur lequel vous avez le plus de plaisir ?
Le concert entier est construit comme un grand voyage qui passe par plein d’états différents. Donc, c’est difficile de comparer les morceaux parce qu’ils forment comme un tout. Et je joue vraiment beaucoup sur les dynamiques. Il y a autant des morceaux hyper forts, très thrash, punk, même des fois on va dans de la noise, que des balades au piano toutes nues. Et c’est difficile de comparer l’expérience vécue par moi entre ces deux styles.
C’est presque incomparable. Mais ça demande tout le temps de la présence pure. J’aurais envie de citer en tout cas ce morceau qui s’appelle Change My Name, qui est un morceau qui est justement très contrasté.
J’ai ramené les deux contrastes le plus fort et le plus doux au sein d’un même morceau. Et celui-là, en live, il dure plus de dix minutes, des fois. Justement, il est libre.
Il y a des parties vraiment très libres et qu’on peut faire durer comme on veut, en fonction de la soirée et des gens, et de comment on se sent ce jour-là. Et celui-là, il demande d’être tellement synchro tout le temps, que c’est et celui qui nous demande le plus de concentration, et celui qui nous procure aussi un super grand plaisir. Mais moi j’ai du plaisir vraiment à, je pense, chaque instant de ce concert, c’est vraiment, c’est du délice.
C’est ça que j’aime faire dans la vie. Je ne veux plus jamais arrêter. Donner du plaisir aux gens, c’est top quoi.
Après, c’est un peu ce qu’on retrouve dans Shifting Forms. Il y a vraiment, autant, comme je disais avant, il y a des trucs méga noisy, puis il y a des balades, puis il y a des trucs doux, puis il y a des trucs entraînants, puis il y a des trucs plus dark, puis je pense que, de toutes façons, aussi en fonction des moments de vie qu’on traverse, de nos goûts, en fait, et de nos références, on va plus aimer l’un morceau ou l’autre, mais ce qui m’intéresse, c’est de faire cohabiter tout ça. Au sein d’un disque et au sein d’un concert. Selon moi, il y a vraiment une constance dedans, je n’arrive pas à mettre un nom dessus, mais c’est comme une boule à facettes, c’est comme on regarde une boule à facettes et il y a ce morceau-là, il éclaire ce bout-là, ce morceau-là, il va éclairer l’autre bout, et on parle de la même chose, mais d’une autre manière, et c’est ça qu’on va regarder un peu plein de facettes différentes pendant le concert.
Justement, tout à l'heure, tu disais que la voix avait évolué, évidemment. Est-ce que les anciens morceaux, ils sont réadaptés, du coup, maintenant, ou tu les as mis de côté pour te concentrer uniquement sur ce que tu fais maintenant?
Eh bien, j’en ai réadapté plusieurs, ouais. Et ça a été aussi tout un travail, parce que j’écris les morceaux de manière assez instinctive, parce que je ne connais pas le solfège. Donc, j’accorde, je joue à l’oreille, j’écris toujours au contact d’un instrument, souvent une guitare, des fois un clavier, mais souvent une guitare.
J’ai plein de guitares sur scène, parce qu’en fait, j’ai des accordages différents. Presque sur chaque morceau, c’est un accordage différent, parce que c’est l’accordage sur le moment où j’ai composé le morceau. Et donc, quand je compose, j’ai une corde de base, puis après, je mets mes doigts, puis je me dis, ça, ça sonne bien. Et puis, si je n’arrive pas à atteindre la note que j’entends dans ma tête ensuite, je désaccorde une corde pour la trouver facilement, et tout ça.
Et donc, ça crée des accordages un peu spéciaux. Chose aussi à noter, on n’est que deux sur scène, donc c’est moi qui remplis tout l’espace harmonique. Donc, aussi, mes guitares sont vraiment en open tuning quasiment tout le temps, pour justement remplir l’espace harmonique et sonore, du grave à l’aigu.
En plus de ça, ça fait depuis 2014 que je suis en formule duo, et donc j’ai fait évoluer aussi mon son de guitare en fonction. Et donc j’ai fait fabriquer un système pour pouvoir jouer de la basse en même temps que ma guitare. À l’exception, je pense, d’une basse sur tout le set, c’est moi qui joue de la basse.
Ce ne sont pas des trucs, des bandes, c’est moi qui joue. Et bah du coup, ça fait que chaque morceau a son accordage, et donc, c’est un accordage qui marche sur une guitare. Ma voix est en baisse de je ne sais plus combien de tons, peut-être 5, je ne sais pas, un truc comme ça. Ces accordages-là, moi je ne peux pas transposer les morceaux, ou alors mettre des capos. Donc en fait, ça a été tout un travail de trouver des autres accordages qui font que je ne tire pas trop sur l’instrument pour pouvoir me réaccompagner avec la voix.
En plus de ça, j’avais trouvé une sorte d’équilibre dans les fréquences, en général, c’est un peu technique ce que je vais raconter. La voix avait une certaine tessiture, donc était dans une certaine gamme de fréquences, c’était facile, la place de la guitare était en dessous, puis là, tout d’un coup, ma voix se retrouve dans les bas-médiums, et donc, où est-ce que ma guitare va aller maintenant?
Il y a tous les anciens morceaux qu’on a gardés sur le set, il y en a en tout 4, on va voir 4, et bien, tout d’un coup, la guitare se retrouve au-dessus de ma voix, parce que j’ai décidé plutôt de jouer beaucoup plus aiguë les guitares, pour que la voix soit plus basse, donc ça a été aussi un assez long processus, d’arriver à retrouver une manière de jouer ces anciens morceaux, et c’était trop joyeux à faire. Tout le processus et la construction des chemins du cerveau à la voix, et du studio, et de ces nouveaux morceaux, c’était vraiment un super voyage que j’adore. Là, j’en montre le résultat, mais j’aime aussi beaucoup expliquer les processus de manière générale, c’est pour ça que c’est intéressant. Donc, oui, on joue des morceaux des albums précédents, qui cohabitent avec le nouveau, et je trouve que ça marche plutôt bien.
Alors nous, la compagnie artistique, on essaye de regrouper toute forme d'art, que ce soit donc musique, peinture, etc. Est-ce que pour toi, justement, tous les arts peuvent être reliés les uns aux autres, ou pas ?
Alors, oui, bien sûr, clairement, de mon expérience personnelle, c’est des choses qui ont toujours été liées, quand j’écoute de la musique, je vois des couleurs ou des tableaux, ou des paysages, enfin, en tout cas, ça a une texture, une couleur.
C'est ce que je fais en concert, en fait, quand je vois des groupes, j'ai des visions, en fait, j'essaie de retranscrire ce que je vois (Vanessa)
Tu fais de la peinture ? C’est trop bien ! Ouais, bon, voilà. Je crois que c’est la synesthésie, non ? Voilà. Donc, la musique et le visuel, pour moi, sont très liés.
En plus de ça, juste jouer d’un instrument, être sur une scène, c’est un mouvement. Donc, il y a quelque chose de chorégraphique aussi là-dedans, en tout cas, de le performer sur scène. Et, accessoirement, c’est moi qui ai fait le visuel des deux derniers disques, enfin, la mise en page et tout ça.
Tous les visuels qu’il y a sur les habits du merch, c’est aussi moi qui les ai faits, imprimés à la main par un ami, en sérigraphie. C’est différentes manières d’exprimer des choses, de partager des choses, et je pense que j’ai beaucoup exercé la manière de partager via du son, mais aussi au fil des ans, plein d’autres trucs, et pour moi, tout est lié. Il n’y a rien qui va me toucher plus que quelqu’un qui fait un geste vraiment super beau.
Ça va me toucher autant qu’une belle note chantée, qu’une manière d’avoir dessiné ce trait-là. J’ai de la peine à faire des frontières nettes entre les différentes cases, de manière générale.
Et donc, par rapport aux chansons, est-ce que parmi toutes les chansons qui existent, il y en a une que t'aurais adoré écrire toi ?
Je vais réfléchir un moment. C’est trop bien. J’en ai plusieurs qui me viennent en tête, et en même temps, pour l’instant, pas. Ce qui est complexe est de trouver un morceau qui m’a touché à la fois dans les textures et dans les textes. Et souvent, il y a soit l’un soit l’autre. Pour les sonorités, j’adore un album de Lhasa qui s’appelle The Living Road. Je l’ai écouté toute ma vie et sa voix est remarquable. J’aurais adoré participer à cet album. Et pour le morceau, un de ceux que j’écoute en voiture, je dirais Michael Nau et Love Survive.
Et si tu devais faire un duo avec quelqu'un?
Je pense que ça serait avec Big Thief et Adrianne Lenker. J’aimerais aussi faire un duo avec David Bazan, le chanteur de Pedro the Lion. J’aime sa façon de composer les chansons. Les mélodies de voix avec les accords faits à la guitare, j’adore!
Tu as le temps d'écouter de la musique pendant les tournées?
Souvent, je préfère le silence. C’est comme le jour et la nuit où on a besoin de dormir pour être éveillé le jour. En tournée, on est dans des univers bruyants, donc j’ai besoin de repos de sons. Parfois, je vais donc écouter de la musique qui va m’apaiser mais en tournée, je cherche plutôt le silence pour retrouver le plaisir de faire du son le soir.
Tof
La setlist du Grand Mix
The whole of the moon
Devour the sun
Dormant plants
Change my name
Tiger song
Pale eyes
Contact zone
Shifting forms
Volcan
How we break
Roses on fire
Sailor
Les dates françaises à venir
25/03/26 Nilvange Le Gueulard plus
26/03/26 Orléans l’Astrolabe
27/03/26 Tours Le Bateau ivre
28/03/26 Mâcon La Cave à musique
